Evaluer l’impact des caractéristiques intrinsèques des peaux de chamois sur le confort et la performance

Le confort désigne une situation, un geste ou une position dans laquelle le sujet ressent un état général de bien-être.
On oppose souvent confort et performance, car les deux concepts semblent littéralement et biomécaniquement divergents. Cependant, comme le démontrait notre précédent article sur  l’étude des caractéristiques des vêtements en fonction de conditions météo variables, « le confort sur le vélo est essentiel non seulement pour prendre du plaisir, mais également pour tirer le meilleur profit de ses capacités physiques ». A haut niveau, la différence se faisant parfois à peu de choses, c’est justement le degré de confort qui permettra de tenir plus longtemps, de mieux supporter les douleurs.

Parce que le confort est une notion avant tout individu-dépendant, il semble difficile de trouver une seule et même solution. Néanmoins, dans le cas du cyclisme et plus précisément de l’interface selle/cycliste, des études ont montré des corrélations entre la notion subjective de confort et des facteurs objectifs mesurables en laboratoire.

La peau de chamois est justement apparue lors de la recherche d’amélioration de ce confort, quand les contraintes ont amené à cette évolution.

La peau de chamois en elle-même est aujourd’hui un objet de collection (cf. figure 1), comme on exposerait une vieille paire de ski. Le cuissard se portant sans sous-vêtement, l’objectif originel était d’éviter les brûlures par phénomène de friction. En effet, c’était la qualité anti-abrasive de la peau de chamois qui était reconnue. Au fur et à mesure des années, la peau a vu son nombre de caractéristiques augmenter comme l’apparition d’une mousse pour « adoucir » l’assise. Le chamois étant également devenu une espèce protégée, cela a favorisé l’apparition des matières synthétiques, apportant elles aussi de nouvelles possibilités techniques : gestion de l’humidité, meilleure respiration, meilleure portance…

Figure 1 Peau de chamois originelle

La « peau de chamois » est aujourd’hui un élément déterminant. En effet, celle-ci doit apporter un confort maximal au cycliste, sans détériorer sa performance et parfois, même indirectement, l’améliorer.

Pour bien comprendre les enjeux lors du développement d’une peau, il faut avoir à l’esprit le triptyque homme-matériel-environnement. Chacun des composants de ce triptyque aura une influence sur les autres et réciproquement.  Les paramètres liés au cycliste (homme) vont avoir une influence sur la peau de chamois (matériel), l’environnement influencera le comportement du matériel.

En dressant une liste de paramètres de chaque composant du triptyque, l’objectif est d’accéder aux notions objectives sous-jacentes du confort (cf. figure 2).

Figure 2 Triptyque Homme-Matériel-Environnement

Les paramètres du cycliste n’étant pas ou peu modulables, de même que les conditions de pratique, la peau de chamois doit alors s’adapter aux exigences de ces derniers. La peau a une épaisseur et une construction spécifiques pour répondre à la contrainte du poids du cycliste, variant d’un individu à un autre, d’un sexe à l’autre. En environnement chaud ou froid, le cycliste va transpirer plus ou moins ; la peau doit donc s’adapter à cela.

Dans l’objectif de comprendre les contraintes liées à l’interface selle/cycliste, les équipes de recherche et de développement Mavic ont mis au point une batterie de tests, allant des essais très théoriques en laboratoire, jusqu’aux tests en condition de pratique. La connaissance et la compréhension de ces paramètres permet de développer des produits adaptés au cycliste, à l’environnement et à la pratique du vélo.

1. Les tests en laboratoire : mesure des paramètres anthropométriques

Avant même de parler de la qualité des mousses, la disposition de celles-ci est primordiale. En effet, on aura beau avoir le meilleur complexe de mousses du monde, s’il n’est pas bien positionné, il sera inutile et pourra même empirer les choses en créant des zones d’inconfort.

Pour pouvoir positionner convenablement les mousses, il est primordial d’analyser en détails l’interface selle-cycliste. Comment est-on assit sur la selle ? Sur quoi repose-t-on sur la selle ? Pour répondre à cette question en dépassant la simple réponse « je m’assois sur mes fesses », il faut comprendre l’anatomie du bassin (cf. figure 3). En position assise verticale, nous reposons en fait sur les tubérosités ischiatiques (TI). Sur la selle de vélo, c’est la même chose. Ces points seront donc clés quant à la disposition des mousses.

Figure 3 Articulation du bassin 

La taille et le sexe du sujet sont des facteurs anthropologiques qui font varier la distance inter-ischiatique (DIC), c’est pourquoi les équipes de développement Mavic ont réalisé une campagne de mesure sur un large échantillon de femmes et d’hommes, dans le but d’évaluer cette mesure. En développant un outil simple, les chercheurs ont pu mesurer efficacement la DIC moyenne, mais également les écarts types entre les individus.

Les résultats montrent que les femmes ont une DIC significativement plus importante de 16,7% par rapport à celle des hommes (cf. figure 4).

Figure 4  Largeur ischiatique en fonction du sexe 

Par ailleurs, du fait de la position particulière lors de l’assise sur la selle, c’est-à-dire penché sur l’avant, les points d’appui anatomique ne se font plus uniquement sur les TI mais plutôt sur l’ensemble de l’os pubien. Là encore, grâce à des données anthropométriques, on constate une différence importante entre les hommes et les femmes. L’os pubien féminin forme un arc entre les TI et le pubis. L’appui se fait donc en trois points distincts : les deux TI et le pubis. Pour l’homme, l’os pubien est droit ce qui induit un appui en V inversé.

Ainsi, avec de simples mesures, on peut déjà améliorer la qualité des peaux de chamois par un placement stratégique des mousses. Grâce à la loi de Gauss, dites « normale », on peut donc généraliser ces résultats afin d’avoir des dimensions de peaux de chamois convenant à plus de 95% de la population (cf. figure 5).

Figure 5  Répartition de la population en termes de largeur ischiatique chez l’homme

Cette étude réalisée sur la DIC permet donc de savoir où et comment positionner les mousses en fonction de critères anatomiques. D’autres critères dits mécaniques tels que le poids du cycliste ou le type de route vont également influencer l’interaction entre le cycliste et la peau de chamois. De nouveaux tests ont été mis au point afin de pouvoir évaluer la réaction des mousses à ces paramètres.

2. Les tests en laboratoire : mesure des qualités mécaniques

Les échantillons testés sont des mousses simples ou des complexes de mousses ayant des diamètres identiques de 42 mm (cf. figure 6). L’épaisseur peut varier mais le résultat sera toujours exprimé par rapport à une même référence.

Figure 6  Echantillon typique de mousse

Le test de rebond

Le test de rebond consiste à venir frapper la mousse que l’on désire tester à l’aide d’une masse accrochée à un pendule (cf. figure 7). Un accéléromètre est placé sur la masse et permet la mesure de la variation de vitesse en fonction du temps.

Figure 7  Principe et photo du test rebond

Ce test permet de quantifier deux paramètres, la décélération et la résilience.

  • La valeur de décélération, exprimée en G, qui correspond à la capacité à freiner l’objet et à absorber le choc. Pour les peaux de chamois, il faut une valeur de décélération faible puisqu’en cas de choc, la peau doit « absorber » ce dernier tout en douceur, telle une suspension. Prenons le cas d’une voiture et d’un tank par exemple : le tank vient cogner sur un mur. Les passagers, du fait de la rigidité du tank vont ressentir tout le choc, qui aura été transmis par la carrosserie du véhicule. La voiture quant à elle présente une carrosserie froissable, ce qui va permettre d’absorber l’énergie du choc (et non de la transmettre) et ainsi protéger ses occupants. Il en est de même pour le cycliste, la capacité d’absorption des chocs de la peau de chamois permettra de protéger les fesses contre les conditions de route (nid de poule, pavé, trottoir…).

Figure 8  Résultats typique de mesure d’absorption des chocs (décélération) en fonction de la peau de chamois 

  • La valeur de résilience, exprimée en pourcentage, correspond à la valeur de rebond de la matière testée. Cette valeur est en fait la capacité de la matière à rendre l’énergie emmagasinée. Elle exprime le pourcentage d’énergie (E) « rendu » après le choc.

Dans le cas des peaux de chamois, il faut une valeur optimale : surtout pas trop élevée, d’une part parce que l’on rebondirait sur la peau comme sur un trampoline, et d’autre part parce que les matières trop résilientes permettent une transmission accrue des vibrations, ce qui n’est pas souhaitable; Il n’est pas bon non plus que la résilience soit trop faible. En effet, si une force est appliquée à la selle, comme celle liée à la propulsion pour le pédalage, elle ne serait que peu ou pas transmise. La résilience est corrélée positivement à la portance (si l’une augmente l’autre également, et inversement). La recherche d’une valeur optimale est donc importante afin de filtrer les vibrations tout en conservant une propulsion efficace.

Les tests de vibration

En parallèle au test de rebond, des tests de vibration sont réalisés de façon à pouvoir atténuer ce phénomène. En effet, dans le cadre de l’interface selle/cycliste, les phénomènes de vibration sont néfastes à la performance, au confort et à la santé du cycliste. Les muscles sont activés par des courants électriques. Ainsi, plus le cerveau envoie de « courant » dans le muscle, plus l’activation est importante et donc la force générée élevée. Des études ont montré que les vibrations induisent une sur-activation musculaire, c’est-à-dire que pour un même effort, un muscle a besoin d’être plus activé (plus de « courant ») pour se contracter. Ceci est dû au besoin de « contrôler » ces vibrations, ce qui entraîne donc un gaspillage d’énergie pour le cycliste. Par ailleurs, cela induit des perturbations  de la perception du corps dans l’espace (sens du mouvement et de la position), des problèmes vasculaires, des phénomènes de fourmillement…etc. En résumé, la peau de chamois doit également filtrer les vibrations pour limiter ces perturbations.

Avant de commencer ces tests, l’équipe de recherche Mavic a dû réaliser une campagne de mesure des différentes fréquences de vibrations en présence à l’interface selle cycliste sur le terrain. En plaçant un accéléromètre sur des points stratégiques, les testeurs ont pu enregistrer les fréquences de vibration rencontrées dans un maximum de conditions sur le terrain en fonction de l’état de la route, de la vitesse et du type de matériel utilisé (roues carbone ou aluminium par exemple) … Ces fréquences de vibrations sont alors reproduites avec une plateforme vibrante, et à l’aide d’un accéléromètre placé au sommet d’un poids représentant le cycliste, la capacité de filtration des différents complexes peut alors être évaluée (cf. figure 9).

Figure 9  Schéma du test de vibration sur plateforme vibrante

Les équipes Mavic ont d’abord dressé un état des lieux de la qualité des peaux existantes sur ce paramètre (peaux Mavic et concurrents), puis ont déterminé des valeurs minimales d’acceptabilité pour les nouvelles peaux. Des valeurs typiques peuvent donc être associées à différents niveau de gamme (cf. figure 10).

Figure 10  Résultats typique du test de vibrations

La différence se fait clairement sur des fréquences intermédiaires. Toutes les fréquences testées sont celles que l’on ressent sur le terrain, dans différentes conditions de pratique.

Pour bien comprendre ce phénomène d’absorption des vibrations, il faut imaginer un complexe que l’on vient frapper avec un marteau (cf. figure 11).

Figure 11 

En fonction du complexe, le comportement des vibrations va être différent. D’un part l’amplitude de la vibration va varier, c’est-à-dire que plus l’amplitude est élevée plus le ressenti sera violent, et vice versa. D’autre part, le temps que met la matière à retrouver un état « normal » est également important. Plus ce temps sera élevé, plus le sujet ressentira les vibrations. C’est donc le contraire qui est recherché. Le graphique ci-dessous exprime bien ces deux notions (cf. figure 12).

Figure 12  Résultats au test « frappé de marteau » selon la matière

Une matière de type gel est ainsi comparée à une mousse de type Ortholite®. La flèche rouge marque le retour à la normale. Le gel ne filtre pas bien les vibrations puisque le temps de recouvrement de l’état « normal » est bien plus long que celui de la mousse Ortholite®. De plus, l’amplitude des vibrations est bien plus élevée pour le gel, ce qui n’est pas bon.

Le test de portance

Après avoir testé la capacité d’absorption des chocs et de filtration des vibrations, les équipes Mavic testent la capacité des peaux de chamois à « porter » le cycliste. Le test de portance consiste à venir appliquer une force afin de compresser l’échantillon et de mesurer le pourcentage de compression de cet échantillon (cf. figure 13). Cela permet de savoir dans quelle mesure la mousse sera compressée avec le poids du cycliste dessus.

Figure 13  Test de portance

Encore une fois, il faut une valeur optimale : si la mousse se comprime trop, elle ne sert à « rien ». Ce serait comme passer au travers et la valeur de portance correspondrait en fait à la surface encore en dessous (c’est-à-dire la selle sur un vélo). Si elle ne se comprime pas ou peu, elle sera trop rigide et donc inconfortable, comme s’assoir sur du béton. L’exemple ci-dessous (cf. figure 14) illustre bien ce concept : les deux mousses sont comprimées avec un « poids » (une force) de 80 N. Seulement l’une se comprime à 50% (droite) et l’autre à 70% (gauche). On constate donc que la mousse de gauche ne joue pas suffisamment son rôle de portance.

 

Figure 14  Résultats typiques au test de portance d’une mousse efficace (droite) et d’une mousse de mauvaise qualité (gauche)

Le test de respiration

Les tests précédents permettent d’évaluer la capacité des peaux par rapport au poids du cycliste (portance) et par rapport à la qualité de la route (vibration et rebond). Un paramètre clé n’a pas encore été testé à ce stade : le climat ambiant, l’hygrométrie au sein de la peau de chamois. Le test de respiration consiste à mesurer la qualité d’évacuation de l’eau d’une matière. Pour mesurer cela, des « puits » sont remplis d’une quantité d’eau définie et constante pour chaque test (cf. figure 15).

Figure 15  Puits du test de respiration

La matière testée est positionnée de façon à boucher le puits. Le résultat exprime une quantité d’eau évaporée et le temps nécessaire à cette évaporation Comme pour les textiles du cuissard, les peaux de chamois doivent évacuer correctement la transpiration et l’humidité. L’interface selle-cycliste est une zone particulière. Le fait d’être assis sur la selle crée une ambiance « fermée » rendant difficile la respiration du cuissard dans cette zone. De plus, les différentes couches de mousses plus la colle sont des paramètres empêchant également la respiration. Au final, on obtient une zone où la gestion de l’humidité devient primordiale. Pour ce test, les équipes de développement ont défini une valeur minimale concernant l’évacuation de l’humidité. En dessous de cette valeur seuil, la peau est invalidée et retravaillée. De plus, en fonction du niveau de gamme, cette valeur seuil augmente.

Afin de reproduire le plus fidèlement possible les conditions réelles de pratique, l’ensemble de ces tests laboratoire est systématiquement réalisé dans de nombreuses conditions. Pour les tests de respiration par exemple, les données hygrométriques, c’est-à-dire la température et l’humidité ambiante sont contrôlées. Pour les tests de portance, les échantillons ont une surface bien plus faible qu’une peau complète. C’est pourquoi la force appliquée est pondérée par rapport à la surface réelle.

Chaque matière et chaque complexe est testé une deuxième voire une troisième fois après une simulation de fatigue. En venant les comprimer à une fréquence donnée (cohérente à la pratique), une force donnée, pendant un temps ou un nombre de cycles donnés, les équipes R&D Mavic peuvent « fatiguer » les matières et les tester à nouveau. C’est ainsi qu’ils peuvent constater la durée de vie des matières, des complexes et des peaux de chamois.

Grâce à ces tests, les équipes de développement Mavic ont pu évaluer chaque mousse indépendamment les unes des autres, que ce soient celles des fournisseurs Mavic, ou les nouvelles matières qui paraissent intéressantes. En les combinant, des complexes à bi-densité voire tri-densité ont été créés, afin d’augmenter encore les qualités des peaux.

Chaque complexe, ancien ou nouveau, est évalué par le biais de cette batterie de tests. Les peaux de chamois sont ainsi soumises à un cahier des charges strict en termes de résultats, avant de passer par une deuxième phase de test : les essais terrain.

Les tests in situ ou terrain

Les tests de terrain sont parfois difficiles à réaliser, simplement parce que les outils de mesure ne sont pas « portables », ou parce qu’ils peuvent gêner le sujet. Un certain nombre de biais entrent également en jeu. A travers l’analyse de la pression de surface, les équipes de développement Mavic ont trouvé un test permettant de traduire la notion de confort objectivement sans gêner le mouvement ni avoir besoin d’un équipement conséquent (cf. figure 16).

Figure 16  Sujet lors d’un test de pression

Le niveau de pression est négativement corrélé à la sensation de confort. C’est-à-dire que plus la pression est élevée, plus le cycliste ressent de l’inconfort. Cet inconfort, ressenti à court et moyen terme par le cycliste, résulte de la compression des tissus se situant à l’interface selle-cycliste. Une compression constante et répétée peut induire à long terme de nombreux problèmes  liés notamment à une diminution de l’irrigation sanguine et à la compression des nerfs : problème d’érection chez l’homme, priapisme, thromboses pénil, infertilité, hématurie (sang dans les urines), engourdissement et perte de sensation régulière et prolongée, et à terme nécrose des tissus.

Les résultats du test de pression sont donc importants, d’autant plus qu’il est réalisé dans des conditions proches de la pratique.

Des capteurs de pression sont placés sur la selle. Pour chaque peau de chamois, l’enregistrement se fait sous différentes conditions : fréquence de pédalage, puissance, position …

L’analyse du résultat, sur ordinateur, donne un « mapping » de la répartition des pressions et de leur niveau (cf. figure 17). Visuellement, les pressions élevées sont représentées par des couleurs chaudes (jaune, rouge, noir). L’objectif est de supprimer les pics de pression sur toute la durée du cycle, et d’avoir une pression moyenne la plus faible possible.

Une fois encore, des valeurs seuils ont été définies, à partir desquelles les peaux de chamois sont validées ou non.

Figure 17  Répartition typique de la pression lors d’une phase de poussée de la jambe droite

En parallèle, des tests subjectifs sont réalisés. En effet, même s’il est possible de corréler des données objectives au confort, le ressenti subjectif  reste dans tous les cas important.

Mavic fait appel à son propre panel de testeurs, qui va du cyclotouriste au coureur professionnel. Chacun se voit confier une série de peaux qu’il doit tester, selon des conditions (temps de sortie, km, climat…) données par l’équipe de développement. Un questionnaire leur est fourni. Il permet au testeur d’évaluer son degrés de confort selon différents critères : gestion de l’humidité, friction, sensation de confort sur l’avant de la peau, sur l’arrière, etc.

Les résultats (cf. figure 18) permettent à la fois de valider ou non les peaux de chamois testées, mais également d’intégrer les ressentis des testeurs. A tout moment du développement, chaque remarque est prise en compte, chaque idée est étudiée afin d’améliorer de manière constante les cuissards développés.

Figure 18  Résultat typique de l’évaluation subjective d’une peau de chamois (critères non exhaustifs)

3. Une solution idéale?

Les méthodes de recherche et développement employées par les équipes Mavic ont pour but d’identifier le maximum de paramètres présents sur le terrain, de comprendre leur influence sur le confort et la performance, et de les reproduire, de façon contrôlée, lors de tests laboratoire ou terrain. L’ensemble de ces paramètres permet finalement de répondre à la question : Quelle est la meilleure peau ? Laquelle choisir ?

Parce que chaque personne est différente et que chaque sortie est unique, l’idée de concevoir une peau parfaitement adaptée à toutes les situations serait utopique. Il n’y a donc pas une mais bien des solutions multiples devant répondre à plusieurs types de paramètres.

Le profil de la sortie

Prenons le cas du profil de la sortie. Il ne faut pas choisir la même peau si l’on fait une course sur piste (ou bitume parfait) ou si l’on court le Paris-Roubaix (ou route accidentée). Dans le premiers cas il faudra choisir une peau typée « performance », c’est-à-dire présentant une bonne valeur de portance (une peau ferme), de résilience optimale, et qui n’a pas besoin d’absorber les chocs. Celle-ci doit assurer une transmission maximale des forces et surtout gêner le moins possible le mouvement. Il faut donc choisir une peau au design minimaliste. La peau Ergo 3D Pro correspondra par exemple à ce profil de sortie. Dans le deuxième cas, il faudra au contraire prendre une peau présentant des capacités d’absorption de choc et de filtration des vibrations élevés. Si la transmission des forces sera moins efficace que des peaux minimalistes, le gain de confort sera converti en gain de performance sur le long terme. Dans ce cas, on optera pour la peau ergo 3D endurance.

La durée

La durée est d’ailleurs un critère de choix important. Lors d’un effort court, la puissance moyenne développée est plus importante que lors d’un effort long. Ainsi, le cycliste « chargera » beaucoup moins la selle, la force appliquée à la peau sera moins élevé. On privilégiera alors une peau plus minimaliste. De plus, sur des sorties courtes, d’une à deux heures, il est plus facile de supporter l’inconfort. Si vous devez effectuer une sortie longue voir très longue, cinq à six heures et plus, le confort est primordial. Les vibrations vont être constantes, les chocs réguliers, les tissus vont être compressés pendant une période importante favorisant les engourdissements bref, la peau doit être plus épaisse, et surtout contenir des matières à la portance élevée, des matières filtrant les vibrations et les chocs. Le design doit être également plus tolérant, c’est-à-dire plus large afin de permettre de bouger sur la selle, de se repositionner. Par ailleurs, « l’endurance » de la peau est importante, elle ne doit pas perdre ses qualités avant la fin de l’effort. Dans la gamme Mavic, la peau Ergo 3D Endurance a été développée pour répondre à ces contraintes tandis que la peau Ergo 3D Pro a davantage été conçue pour des courses plus courtes.

Le sexe

Le choix de la peau doit également se faire en fonction de l’individu. Si il peut paraître aujourd’hui évident de sélectionner un cuissard de vélo pour femme si l’on est une femme, cela n’a pas toujours été le cas. En effet, le développement des produits spécifiques pour les femmes ayant toujours été moins conséquent, celles-ci avaient tendance à prendre des cuissards d’homme. C’est malheureusement une erreur à éviter. Nous avons vu plus haut que l’anatomie du bassin des hommes et des femmes était significativement différente. La répartition des matières d’une peau homme est plus étroite que celle d’une femme, rapport à la largeur ischiatique, si bien qu’une femme, bien que plus fine qu’un homme, aurait au final les ischions reposant en dehors des zones de protection.

Le niveau et le type de pratique doivent également être des critères de choix. S’il on est un pratiquant plutôt orienté « loisirs », il vaut mieux opter pour des peaux confortables. A l’inverse, s’il on recherche la performance pure, les peaux minimalistes feront l’affaire. Encore une fois, tout est ici question de balance performance-confort.

La taille et la masse

La taille et la masse doivent orienter le choix de la peau. Bien que faible, une corrélation existe entre la taille du cycliste et la largeur ischiatique. Une personne vraiment grande (plus de 2m) devra opter pour une peau plus large car elle a statistiquement plus de chance d’avoir une largeur ischiatique plus importante. Néanmoins, la répartition et le design des peaux Mavic est pensé de sorte qu’elles couvrent 99% des largeurs ischiatiques. La masse influencera la force (poids) appliquée à la peau. Plus la masse est importante, plus il faudra opter pour une peau portante, plus épaisse. De plus, la masse étant fortement corrélée à la taille, les personnes de grande taille auront encore une fois  tout intérêt à choisir une peau portante.

Cette réflexion est celle qu’adoptent les coureurs lors de leur choix de peau. Il faut faire la balance entre la quantité de besoin en performance et la quantité de besoin en confort. Voici deux exemples concrets permettant d’appliquer cette réflexion :

  • Mike Cotty, ambassadeur Mavic et cycliste d’endurance, a réalisé cet été la traversée des Dolomites, des Alpes suisses et italiennes, soient 1000 km réalisés en une seule étape et en ne changeant que  trois fois de cuissard. Son choix de cuissard s’est avant tout porté sur celui contenant une peau permettant de rouler longtemps tout en garantissant une bonne performance. Les peaux haut de gamme à profil Endurance de chez Mavic présentaient ce type de caractéristiques.
  • Le cas de Nicolas Roux, qui a réalisé le tour du Mont Blanc, soient 334km en un temps record de 12 heures 13 minutes avec le même cuissard est un exemple différent. Ayant un objectif de performance, il est évident que son choix de peau se soit porté sur une peau lui permettant une propulsion efficiente, tout en garantissant un confort lui permettant de maintenir cette performance au maximum jusqu’à la fin.

Dans les deux cas, le confort est un vecteur, plus ou moins indirect, de la performance.

C’est d’ailleurs un point important du développement pour Mavic. Toute peau doit permettre de rouler confortablement sur des distances de plus de 100 km pour le haut de gamme. Ceci laisse une marge à la notion de plaisir et de ressenti personnel lors de l’achat d’un cuissard.

Pour les sorties les plus « extrêmes », il sera en revanche primordiale d’effectuer la « pesée » sur la balance performance/confort. Cela passe par l’identification de ses propres conditions de pratique. Il convient donc de tester plusieurs peaux : une pratique, une peau.

4. Conclusion

La mise au point d’une peau de chamois de qualité représente donc un travail très complexe consistant à trouver un juste point de cohérence entre de nombreux paramètres. Pour cela, il s’agit déjà d’être capable d’évaluer de manière objective les caractéristiques intrinsèques de ces inserts, de mesurer également précisément les conditions rencontrées durant des sorties pour enfin sélectionner les solutions les plus adaptées à un ensemble de paramètres. Par exemple, une peau de type Endurance pour homme pourra convenir aux sorties très longues comme aux sorties sur routes en mauvais état. Tout passe au final par une validation avec les cyclistes en conditions réelles. Ce raisonnement est d’ailleurs applicable à de nombreux développements comme ceux des pneus par exemple. Au final, ces développements se basent toujours sur des combinaisons de test réalisés en laboratoire, sur le terrain et avec les utilisateurs finaux. Les ressentis restent toutefois très personnels et il n’est pas garanti qu’une même solution conviendra à deux personnes différentes.

Auteurs :
Romain Raitano
Nicolas Gregoire

5 commentaires

  • Etude tres interressante, prochaines étapes…la qualité de la couture entre la peau et le cuissard, l’impact du froid, la tenue au lavage (quitte à se payer un cuissard haut de gamme…autant qu’il soit durable).

    Bonne route, bonne année.
    Seb..roule mavic depuis 20 ans

    • Merci pour votre commentaire positif. En effet, nous avons limité ici notre article à la notion de confort de la peau de chamois de manière isolée. Il va de soi que celui-ci est cousu sur un cuissard, ce qui créé donc un système complexe devant être confortable globalement. Le choix du fil ou du collage permettant de le fixer sur le cuissard en fait partie. La tenue au lavage est testée via des protocoles standardisés où l’on fait passer les pièces par une série de cycles de lavage, d’exposition aux UV ou à d’autres facteurs extérieurs correspondants à des conditions exigeantes de pratique. Les essais terrain sont également très importants car ils nous donnent un retour sur des conditions réelles d’utilisation.
      Bonne année également et bonnes sorties !

  • Bonjour,
    J’ai beaucoup apprécié ce reportage sur le confort des peaux de chamois . grâce à toutes ces informations, je me suis commandé un cuissard Ksyrium pro thermo.
    Je pense que avoir fait le bon choix, j’ai choisi une peau de chamois de type endurance.
    Merci à toute l’équipe
    Angel P.

    • Bonjour Angel,
      Merci pour votre message ! Nous sommes ravis que les informations de cet article aient été utiles au choix de votre nouveau cuissard.
      Toute l’équipe vous souhaite de belles sorties.
      Mavic